Fr. Eric: « le Christ nous rend capables de répondre»
Fr. Eric: « le Christ nous rend capables de répondre»
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Engager sa vie
Le 19 mars 2005, frère Eric Bidot faisait sa profession solennelle dans l’Ordre des Capucins, entouré d’une quarantaine de frères, de sa famille et de ses amis. Frère Jo Coz l’a interrogé pour la revue missionnaire, Missions franciscaines.
Quel est le sens de ta profession religieuse ?
Faire profession pour moi c’est engager ma vie, dans un chemin précis, des visages précis, une spiritualité précise, sortir du « tout est possible », et de l’indécision. Je pense à des jeunes qui sont devant beaucoup de possibles et qui finalement n’osent pas franchir le seuil pour aller plus loin et faire l’expérience de plus de liberté, de plus de relation.

Le maître mot qui m’a habité pendant tout ce temps c’est : la radicalité ; ne pas en rester à ce qui me plait superficiellement mais rejoindre mon identité profonde illuminée par la miséricorde du Christ. Il m’a fallu des années pour orienter ma réponse. J’ai rencontré plusieurs familles religieuses, aucune ne me semblait répondre à cette radicalité en dehors des capucins. Au départ, c’est la conversion de St François qui m’a touché, je m’y étais naïvement identifié : « Voilà ce que je veux vivre. » Ensuite je suis passé du rêve à la réalité : apprendre à vivre avec des personnes, dans des situations concrètes, découvrir mes lenteurs et mes obstacles intérieurs, en particulier pendant le noviciat, mesurant la difficulté de vivre ce projet de vie par mes propres forces.
C’est alors que l’essentiel se joue en découvrant que le Christ nous rend capables de répondre. Il faut se sentir acculé à la confiance profonde. De cette expérience – confiance que Dieu nous fait et qu’en retour nous donnons à Dieu – surgit le nécessaire mûrissement. Les étapes de formation favorisent cette croissance, noviciat, engagement dans des services associatifs, réflexion intellectuelle. Elles permettent de mettre en mots et en expérience cette confiance première.
Je vois une grande cohérence dans ma formation entre trois dimensions relationnelles : les autres, moi-même et Dieu. J’ai découvert que notre identité est surtout relationnelle. Ce trépied est nécessaire pour qu’il y ait une relation féconde et une maturité plus large. Dieu nous fait une confiance première qui nous fait entrer dans une confiance de fils. Par la profession religieuse, j’entre dans une famille plus large que ma famille humaine, une famille qui s’origine dans cette filiation divine.
Tu as fait le choix d’une famille spirituelle, celle des capucins, pourquoi ?

Pourquoi s’engager dans une Eglise qui change beaucoup !
Je vois le grand intérêt aujourd’hui, compte tenu des quêtes de sens, de la recomposition ecclésiale, d’appartenir à une spiritualité qui me donne des critères de discernement dans des situations, les projets à mener, les attitudes à avoir. Ces critères sont pour moi : une proximité humaine, une simplicité de relation, un accompagnement humain et spirituel des personnes à la manière franciscaine, accueil des personnes comme elles sont en avançant avec elles. Il faut tenir ce qui, du côté communautaire, a du sens, les rassemblements, les JMJ par exemple (ma vocation est née aux JMJ de 1989) et, à la fois, manifester un grand attachement aux personnes à la recherche de leur identité. Un des enjeux de l’Eglise aujourd’hui, c’est de tenir ces deux aspects : l’identité personnelle et la visibilité communautaire.
Propos recueillis par fr Jo Coz, pour Missions franciscaines